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Une ligne de ponts, passage entre Bretagne et Poitou 

Au départ, l’île de Nantes n’est pas une île, mais un archipel d’une dizaine d’îlots sablonneux et marécageux, séparés par de petits bras de Loire.

Vers le IXe ou Xe siècle, les rives nord et sud de la Loire sont reliées par une succession de ponts, points de passage obligé entre Bretagne et Poitou. Au départ simples passerelles bâties sur pilotis et reliées entre elles par des chaussées de terre battue, les ponts sont régulièrement détruits par les crues de la Loire, puis reconstruits pour ne pas interrompre le trafic. La pierre ne remplacera le bois qu’aux alentours de 1565 sur ordre du roi Charles IX. La ligne des ponts, à l’emplacement de l’actuelle rue de la Petite Biesse, longue de près de deux kilomètres, est exceptionnelle pour l’époque.

L'île de Nantes, un territoire composite

L’unité géographique de l’île se constitue au fil des siècles par le comblement progressif des bras de Loire. L’île reste pourtant un territoire composite aux identités très contrastées.
Point d’ancrage de la ligne de ponts, la partie centrale de l’île est constituée d'un faubourg traditionnel d'entrée de ville et d’habitat populaire public et privé, souvent très abîmé.

Plus à l’Ouest, côté Sainte-Anne et quartier République, un quartier industriel se développe à partir du XIXe autour d’activités chimiques et portuaires, des chantiers navals, des ateliers Alstom, puis au XXè siècle, de Béghin Say et du MIN (Marché d’Intérêt National).

A l’Est enfin, côté Beaulieu, les prairies inondables sont remblayées et urbanisées après la guerre. A partir des années 60, un nouveau quartier se développe autour du centre commercial Beaulieu et d’équipements publics majeurs comme l’hôtel de Région.
En 1970, le quartier se renforce avec la création d’une seconde ligne de ponts boulevard du général de Gaulle.

 

Un développement industriel à l'ouest de l'île

Au XIXe siècle, le développement industriel de l’île est fulgurant : le long de la ligne de ponts, s’installent raffineurs de sucre, filatures et fabriques de toiles indiennes, brasseries, tanneries et fonderies. L’industrialisation croissante sur la rive nord de la Loire conduit progressivement les activités de construction navale à se rassembler plus à l’ouest, sur la Prairie-Au-Duc, où elles resteront pendant près d’un siècle. Vers 1950, la construction navale est à son apogée, le site de chantiers regroupe jusqu’à 8000 ouvriers. Dans les années 70, elle est durement touchée par les chocs pétroliers successifs et la forte concurrence asiatique. En 1976, le chantier Dubigeon est le dernier en exercice à Nantes. Il fermera ses portes le 1er juillet 1987, après le lancement du Bougainville, dernier navire construit à Nantes.

Le temps de la réflexion 1989-1997

La disparition du dernier chantier naval est un traumatisme pour la ville, marquant la fin d’une époque. Quand Jean-Marc Ayrault devient maire de Nantes en 1989, l’ouest de l’île est en friche : « La fermeture des chantiers est une blessure pour Nantes, mais le destin de la ville se joue ici. » C’est le point de départ du grand projet urbain de l’Ile de Nantes. Au cours d’une décennie d’études, vont se dessiner progressivement les grandes lignes du projet de l’île de Nantes. Conserver la mémoire des chantiers. La nouvelle équipe municipale décide de préserver et de réhabiliter le bâtiment principal des chantiers, patrimoine industriel, mémoire du travail et du mouvement ouvrier. C’est le premier acte fondateur du projet. Les nefs Dubigeon seront également conservées.
Penser l’île globalement. En 1991, la Ville confie une étude aux architectes-urbanistes Dominique Perrault et François Grether sur le devenir global de l’île en lien avec l’agglomération (1991-1994). Au-delà de la transformation de l’ouest de l’île, émerge l’idée d’une transformation de l’ensemble du territoire.


Placer la Loire au centre du projet. En 1996, le District de l’agglomération nantaise adopte le Projet 2005 « Rives de Loire » qui place le fleuve au centre de la stratégie territoriale. Les études menées conjointement par la Ville de Nantes, le District et l’Agence d’Urbanisme de l'Agglomération Nantaise (AURAN) établissent un diagnostic détaillé de l’île (1995-1997).

En parallèle, la fin des années 90 voit émerger les signes précurseurs du renouvellement urbain. En 1996 la Ville propose à l'Etat d’implanter le nouveau Palais de Justice conçu par Jean Nouvel sur l’île de Nantes. Le premier acte concret du futur de l’île, signe de la ré-intégration de ce quartier dans la ville. L’année de son ouverture, en 2000, la passerelle piétonne Schoelcher établie le lien avec le cœur historique de la ville. Dans le même temps, la gare de l’Etat est transformée en Maison des Syndicats.

Le temps de l'action 1998-2003

Lancer la consultation. En 1998, la Ville de Nantes consulte trois équipes pluridisciplinaires pour imaginer le projet urbain de l’île de Nantes : équipe Bruno Fortier (Crosnier, Bloch, Clair, Hardy) ; équipe Lafbac (Nicolas Michelin et Finn Geipel) ; équipe Chemetoff-Berthomieu. La démarche de l’étude associe les associations et les habitants de l’île pendant une année.
Choisir une équipe. En 2000, l’équipe d’architectes-paysagistes Alexandre Chemetoff/Jean-Louis Berthomieu est choisie. L’espace public constitue le levier de la transformation urbaine.
Porter le projet. En 2001 est constituée la communauté urbaine de Nantes, à qui est transférée la maîtrise d’ouvrage du projet.
Démarrer les travaux. Lancement de la première phase de travaux en 2002.
Piloter le projet. En 2003, constitution d’une société d’économie mixte dédiée au pilotage du projet Ile de Nantes : la SAMOA, Société d’Aménagement de la Métropole Ouest Atlantique.

L'île en chiffres (source 2003)

  • 337 hectares
  • 15 500 habitants
  • 15 000 emplois
  • 250 000 traversées quotidiennes

 

Diaporama d'images

1666 : La première ligne de ponts à Nantes. © Archives municipales
1888 - Vue de Nantes par F. Hugo d'Alesi. © Musée d'Obrée
Chantiers navals, Port de Nantes, dans les années 60
Les Fonderies de l'Atlantique © Jean-Yves Corbin
Les Fonderies de l'Atlantique © Jean-Yves Corbin
Embarquement d'une hélice. © Jean-Yves Corbin

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